Et bien maintenant que j’ai visité le musée Nieuweland de Lelystad (la ville qui porte le nom de l’ingénieur qui eut l’idée de ce polder), j’en sais un peu plus sur cet endroit vraiment unique. Vous pouvez aussi aller voir sur http://www.flevoland.nl.
C’est d’ailleurs l’une des grandes surprises de ce voyage, c’est de découvrir que la terre hollandaise a constamment bougé dans l’espace depuis toujours et jusqu’à la construction de ces digues maintenant lourdement fixes depuis les années 1930. C'est-à-dire qu’en regardant des cartes sur une courte période géologique, j’entends, de 1100 à 1900, des îles ont bougé, certaines se sont rattachées au continent pour se redétacher (comme Schokland), et les populations ont suivi ces mouvement de la terre, ce qui explique qu’en pompant l’eau pour créer le polder du Flevoland, les ouvriers soient tombés sur des restes de villages préhistoriques !
Mais peut être faut-il revenir maintenant sur la technique des polders. C’est simple : la mer vous embête, vous avez besoin de plus de terre pour vivre, celle qui vous a été donnée par la nature n’est que pauvre tourbe. L’idée est de déterminer une surface de laquelle vous allez retirer l’eau en pompant (imaginez le travail au moyen-âge…motivés les hollandais) tout en érigeant des digues (des murs) sur la limite de cette surface, donc de baisser le niveau du sol sous le niveau de la mer. Ce serait un peu comme une baignoire plongée dans l’eau, les rebords sont les digues et le fond c’est votre champs, votre ville, votre forêt). Il suffit juste d’accepter que de temps en temps les rebords craquent et que l’eau reprend sa place. Evidemment à l’aire de la machine, cela n’est plus tolérable et on va déployer des moyens gigantesques pour sauver la Zéelande notamment que j’ai traversée au début du voyage.
La géographie est maintenant figée en Hollande et l’ancienne mer intérieure fermée par deux digues, en plus de celle qui en fait le tour...
Sauf que pomper l’eau d’un sol tourbeux le fait s’affaisser…on se trouve devant une quadrature étonnante : d’un côté l’eau monte, de l’autre la terre baisse et les rivières inversent leur pente !
Pour la construction du Flevoland, quelques problèmes économiques ont retardé le projet car, en effet, toutes les villes et villages de la côte qui vivaient essentiellement de la pêche allaient se retrouver avec de la terre au lieu de l’eau face à eux…Dans un film présenté au musée, on fait dire à l’ingénieur Lely à l’origine du projet (qui devint ministre) que l’eau est puissante, certes, mais pas intelligente. Aie aie aie, avec un état d’esprit pareil on est mal parti.
Moi, mes amis, je me dépêche de traverser cette baignoire à l’envers, mais je tire quand même mon turban à ces hommes qui, à mains nues, on jeté des cailloux dans la mer et pataugé dans la gadoue, du mois de septembre au mois d’aout, la gadoue, la gadoue, la gadoue.
On aimerait en savoir un peu plus sur la sculpture à l’entrée du bâtiment intitulée « save our climate », sorte d’astrolabe en bronze avec une évocation dégoulinante du pôle fondu. Si on commençait par consommer un peu moins, y compris l’espace, se serait bien.
Question climat, et bien le soleil s’est fait taquin aujourd’hui. Avec le vent violent, les nuages étaient partis mais revenus pleins d’eau dans l’après-midi.
Au camping, j’ai alors l’impression d’être un bernard l’hermite : à la moindre goutte, hop, je rentre dans ma tente. Elle si petite qu’on pourrait en effet croire que c’est une extension de mon corps. Je suis bien à l’abri dedans et j’arrive à m’y habiller, déshabiller (souplesse obligée) entrer, sortir du duvet, et même faire à manger appuyée sur un coude (je ne peux pas m’assoir) bon, là j’asphyxie un peu mais il me suffit s’il pleut de ne pas respirer le temps que l’esbit brûle, c’est mon pranayama du matin…
Hier, j’étais dans un endroit où des ouvriers vivaient à trois dans une minuscule caravane. Choisir ou subir le nomadisme.
Je termine avec les vers de Mallarmé que j’ai redécouvert dans mon anthologie chérie :
« Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu’un cercle de feu serre ainsi qu’un vieux tombeau
Et triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane. »