mardi 29 mai 2007

22 mai 2007 - Haarlem - 915ème km


Rentrée en bateau, pris le bus jusqu'à Groningen, le train avec un changement à Amelsfort arrivée à Amsterdam central il me faut encore prendre un train pour Haarlem et dans la journée j'aurai fait autant de km qu'en 30 jours de marche. Le miroir encore, des illusions. Loin, proche, vite, lent. Vérité, rêve, fiction. Fin et commencement.

21mai 2007 - Schiermoonikoog - 907 ème km






21mai 2007 - Schiermoonikoog - 907 ème km

Je suis assez fière de moi, mais merci encore au monsieur du camping Nieuwe machin de m’avoir donné sa carte d’ l’île et 3 adresses de camping. J’ai pu établir une véritable stratégie pour accoster et bien profiter de l’île. Le village est à l’ouest, tout le monde sur le bateau ira dormir là bas, si je veux être tranquille demain matin, j’ai intérêt à aller à l’opposé, c’est comme que je me suis retrouvée à de Kooiplaats. Pour ceux qui aimeraient aller sur cette île, je leur conseil de faire pareil car si vous n’aimez pas camper, il y a aussi des chambres et de quoi recevoir des groupes. Mais n’attendez rien de sympathique de la part des propriétaires.

J’ai emballé ma tente toute mouillée de la nuit, mes affaires et me suis engagée sur le fameux chemin blanc en espérant aller au bout de l’île à l’est. Mais c’est impossible. Arrivée à une pyramide de bois, l’accès est interdit. J’aurai bien dormi la nuit prochaine dans un bois de bouleaux mais ne risquons pas d’amende sévère. Je marche à deux à l’heure, vraiment. Et ça me fait un bien fou. Pas de carte à suivre, pas de galère de balisage, des beaux pâturages avec des vaches qui me suivent. Elles sont drôles, elles font d’abord semblant d’avoir peur en faisant des sauts de cabris, puis elles s’approchent en allongeant le cou et en roulant des yeux énormes. Après m’avoir sentie, et un peu goûtée aussi, elles me suivent avant de se lasser et retournent à leurs herbes.

J’ai rêvé sur le Flevoland que l’une d’elle m’accompagnait tout au long du voyage. J’avais du lait tous les jours et elle portait mon sac ma noireaude !

C’était très, très plat à l’est où on ne peut aller. Je crois que la mer entre parfois, il y a des traces comme sur les rives d’un fleuve après une crue. Et puis vers l’ouest, le sol devient franchement tourbeux, les bouleaux cachent de sombres mares qui finissent de moisir les troncs écroulés dans de gros bouillons verdâtres.

On trouve ça et là des plantes du continent et plein de sentiers qui invitent à s’étendre sur les herbages pentus des dunes.

Le ciel se dégage quelques heures dans l’après-midi mais le soir et le matin la lumière est mauvaise pour les photos.

Comme je rentre demain à Amsterdam, la vraie fin du voyage, j’ai choisi de dormir dans un camping à la ferme très simple près du village et je me lèverai tôt pour terminer mon tour de l’île avant de reprendre le bateau à 10h30.

J’ai vu tant de choses qu’il me semble être partie depuis un an. Quel travail m’attend ! Je ne sais si je vais bien répondre aux questions qu’on va me poser, j’ai peur de caricaturer. Je voudrai donner des détails. C’est peut-être moi qui aurai des questions à poser. Pourquoi un tel acharnement à vouloir changer ce qui est ? Après avoir transformé les mers en lacs, pourquoi aucun néerlandais fort en calcul n’a-t-il eu l’idée de construire des montagnes ?

Il y a une femme à la table voisine (une pizzeria, mauvais choix pour the last diner, je suis d’accord) qui ressemble beaucoup à la marchande de bonbons d’Uzès.

J’ai tout oublié de cette ville. Et quand j’y serai à nouveau, j’aurai tout oublié de ma marche sur l’eau. C’est la faute de miroirs qui nous font croire à une forme de la réalité qui n’est vraie que si l’on passe de l’autre côté.

Allons-y.

20 mai 2007 - Schiermonnikoog - 889ème km










20 mai 2007 - Schiermonnikoog - 889ème km

La pluie qui va s’abattre sur l’île fait tomber la nuit avec 2 heures d’avance. Il n’y a pas trop de vent, on devrait s’en sortir ma petite tente et moi. Parce que la dame de Kooiplaats nous a collées en plein vent. Si ça se gâte, j’irai dormir avec les génisses juste à côté, elles sont gentilles, elles.

Alors, alors ça fait quoi d’être arrivée ?

Ben…pas grand-chose.

Ou plutôt, je me sens un peu à plat comme le jour du départ. Les grandes choses ne se marquent pas forcément par les fanfares et les éclats, en tout cas, pas pour moi.

Ce matin, ai traversé une belle série d’étangs avant d’atteindre la deuxième mer morte de la Hollande, le Lauwersmeer. Ce qui est drôle, c’est que l’eau est parfois si peu profonde que les oiseaux semblent marcher dessus et lorsqu’ils s’envolent, leur reflet est parfait sur cette mince pellicule d’argent.

Ai traversé le village dont j’avais vu de vieilles cartes au musée de Dokkum : Oosmahorn. Complètement reconstruit à la Disney avec des moyens financiers phénoménaux, il ne reste rien du vieux village, restructuré en îlots.

Je vous passe la digue qui mène à une digue qui mène à une digue qui ferme la mer de Lauwers depuis 1979 et devenue…parc naturel !

J’espère sortir de la prison des digues sur Schiermonnikoog…même s’il y en a une qui protège le polder du sud, et oui, une vraie manie, mais avec la montée de la mer, on ne verra bientôt plus que le phare et quelques dunes.

J’espère que le temps sera avec moi demain pour explorer ce vaste domaine des oiseaux. Mais j’ai déjà compris qu’on ne devait pas s’écarter du chemin blanc et rester dans l’aire de 4km visitable sur les 17 km au total…

Liberté

Liberté

Liberté

Fluidité

Ouverture

Fantaisie

Humour

Je ne me suis jamais sentie si étouffée dans un paysage si ouvert. C’est qu’il n’est pas vraiment ouvert. On dirait que depuis le temps de leur extrême misère ce peuple s’est dit :

« bon, là, Dieu, avec toute cette eau tu as dû te tromper, nous on va arranger ça et sur ta tourbe, on fera pousser les plus gros légumes et les plus belles fleurs de la planète, te fatigue pas à essayer de nous noyer de temps en temps, on bougera plus de là maintenant qu’on y est. »

J’enregistre le bruit de la pluie dans ma tente, c’est plus amusant.

19 mai 2007 - Nieuw Dokkumer Zijlen - 868ème km






19 mai 2007 - Nieuw Dokkumer Zijlen - 868ème km

J’ai commencé à relâcher sachant que j’arrive demain et la fatigue me tombe dessus. Il ne me reste plus que 16km jusqu’au bâteau qui m’amènera sur l’île de « l’œil de moines gris ».

Dokkum où la découverte de l’histoire de Saint Boniface qui dû parcourir bien plus de distance que moi à pieds au VIII ème siècle pour convertir les incroyants et ici assassiné. Intéressant, non?

18 mai 2007 - Holweg - 840 ème km









18 mai 2007 - Holweg - 840 ème km

C’est beaucoup 840 km à pieds…et ça use les souliers, surtout le gauche à force de marcher penchée contre le vent !

Ai marché vers l’Est toute la journée, ce n’étais pas habituel, c’est comme ça que j’ai compris l’usure, je ne penchais plus…

Je suis sur la tête chauve de la Hollande, celle du polder « De Bilt3 étrange endroit où, depuis 500 ans, les gens persistent à y développer leur propre culture le long de la « digue du veux et du nouveau Bildt ». Le Bildt est un polder divisé par deux grandes digues parallèles à la mer, les fermes sont au pied sud de la digue-rue et les petites maisons des ouvriers agricoles en haut au nord et ce cordon de maison forme la rue la plus longue d’Europe : 25 km pour l’Oude Bildtdijk !

Je m’y suis engagée par hasard, je cherchais un endroit habité où acheter à manger et j’ai découvert cet endroit insolite et visité une expo photo et de lampes très belles www.elbowworks.nl

Le paysage s’appelle ennui en dehors de cette exception ou encore de celle des terpen, monticules de terre érigés depuis le moyen-âge pour s’élever au-dessus le la plaine en cas de crues c’est le cas du terp de 9 mètres à Hegebeintum, cerlé d’un fossé doublé d’un talus.

17 mai 2007 - Sint Jaccobieparochie - 806 ème km -













17 mai 2007 - Sint Jaccobieparochie - 806 ème km -

J’ai quitté Harlingen dans la lumière blafarde sans aucun passant dans les rues. D’accord c’est férié 8h , mais elle est où la vie ce matin ? Cette ambiance a duré jusqu’aux environs de 14h où le ciel s’est dégagé et que le jour s’est décidé à naître. Je ne passerai pas un hiver ici. Ai longé le port industriel, des champs pleins de secrets préhistoriques qu’on ne me traduira pas, puis la mer, rose, étale, sage derrière sa digue antique, elle aussi.

Et j’ai vu les îles de Tercheling, Ameling Et Schiermonnikoog, mon but.

Elles étaient suspendues à leur troublant reflet.

Ai passé le 800ème km depuis Vlissingen en compagnie d’une charmante chatte blanche, au soleil sur un banc pour les passant, c’était écrit dessus. Savouré mon petit pain tartiné de pâté végétal et 2 plaques de fromage. C’est tout. Dèche des jours fériés. Mais Dieu pourvoit, ça se confirme tous les jours, ce soir j’ai un magnifique emplacement sous les frênes de l’unique bois à des kilomètres à la ronde. Avantageuse tente miniature « pour un chat » qui peut s’immiscer partout.

Si ma grand-mère me savait là, elle mourrait d’angoisse. C’est vrai que c’est un peu bizarre mais je vis très bien ces situations. Je dois être parfaitement silencieuse, transparente, inexistante au regard des autres et c’est la parfaite tranquillité. Le soir, allez faire un tout au fond de votre jardin, il se pourrait que j’y sois !

16 mai 2007 - Harlingen - 773ème km -




16 mai 2007 - Harlingen - 773ème km -

C’est drôle comme en une nuit les choses peuvent changer. Des gamins hurlant jusqu’à ce que je rouspète, un réveil difficile (le premier), pas trop envie de bouger, une petite pluie toute la nuit et le ciel est plombé qui laisse présager une journée affreuse à regarder ses pieds et cela suffit pour que je pense que tout s’arrête bientôt, chouette. Mais ma pauvre, tu ne vivras ça qu’une seule fois dans ta vie et tu pleurniche, non mais vraiment tu exagères !

Effectivement il a plu sans arrêt, on ne voyait vraiment que des ombres dans le paysage et raccourci une fois encore par la route au lieu de faire le tour d’un ancien lac poldérisé dont j’aurai aimé suivre les limites dans le paysage, mais je laisserai à mon imagination les rêves de port de pêche.

Je pense rester une journée demain pour écrire sur le blog.

Au camping on me dit que demain c’est férié et qu’il faut oublier le blog. Si je veux, la bibliothèque est ouverte jusqu’à 17h et il y a un ordi, c’est sûr. Ah il est moins le quart, bon.

J’abandonne là ma quête d’internet et ferai ça à la maison au retour la semaine prochaine. Je veux avancer maintenant. Je serai alors sur l’île dimanche.

Moments sublimes qui durent quelques seconde où le vent perce les gris nuages et la lumière peut s’étendre un instant sur le pré, sur la ferme, sur la route. Des enfants rentrant de l’école à vélo me font penser comme ce doit être étrange de grandir dans un tel peu. Quels délires imaginaires ou quels néants créatifs naissent donc de cette expérience ?

Je viens de dépasser le point d’attache de l’Afsluitdijk, la grande digue de fermeture. J’ai bouclé le tour du plus grand lac d’Europe et tant d’impressions dans le corps que je crois que je pourrais danser tout ce que j’ai vu !

C’est dans ce coin de Friese que je trouve ce que j’imaginais des paysages hollandais véhiculé par les peintres. Sûrement parce que c’est très rural et assez ancien pour donner parfois l’illusion d’être dans un tableau. Manque la petite vachère, le voyageur, le marchand, les troubadours, les semeurs ont déserté les paysages devenu silence ou moteur. Ca tourne. Tout tourne. J’ai les joues en feu dans ce restaurant où la radio m’agresse.

15 mai 2007 - Workum - 740ème km








15 mai 2007 - Workum - 740ème km

J’ai pris mon temps aujourd’hui, m’étant dis à voix basse que je devrais arrêter de parler à voix haute pour penser moins, j’ai profiter du calme qui s’installait de plus en plus profondément, comme un sirop lourd se dissout lentement dans l’eau.

La tentation de parler à tous ces agneaux entassés sur l’herbe au soleil chaud d’aujourd’hui était toutefois irrésistible !

La mer est verte, les anciennes anses se comblent et deviennent des paradis d’oiseaux dont de grandes colonies de cygnes.

Et j’ai fais comme tous ce petit monde : lézardé à une terrasse de café, sur la digue, sur la place de Workum avant d’aller au camping à trois kilomètre du bourg dans le sens opposé au chemin de demain et très cher. Mais je n’ai pas trouvé de « planque » le paysage est complètement ouvert, civilisons nous alors dans une marina où même les chiens ont leurs toilettes…

14 mai 2007 - Stavoren - 716ème km -





14 mai 2007 - Stavoren - 716ème km -

J’ai bien évidemment placé ma tente sous les deux seuls arbres de la forêt qui ont fait toc-toc toute la nuit…il faudra que je me plaigne à la direction : elle n’avait pas annoncé tant de vent dans son prospectus !

Matinée magnifique à louvoyer dans de vieilles forêts de chênes, de hêtres avec de longues allées bordées de canaux noirs où ombre et reflet exercent une attraction macabre.

Le sentier passe de temps à autre par de minuscules ouvertures dans les fougères et l’on comprend pourquoi tant de moustiques se développent ici. Les grands canaux qui bordent les allées sont alimentés par tout un réseau de drains régulièrement espacés et bien pleins et qui forment une sorte de forêt grille entre bois et eau.

Ai rencontré un vieillard vénérable, un chêne de 300 ou plus. Il était tout chaud mais ne parlait que frison, notre conversation a tourné court…

AI traversé des villages où je trouve des repères de paysage européen « normal » établi sur des siècles : l’église et son cimetière (on s’approvisionne en eau), les petites épiceries qui vendent des cartes postales, les gaines-maintien de Playtex, les pommes, et tout ce dont on a besoin en pays reculé. En début d’après-midi, l’une de plus violentes averses reçue de ma vie. J’étais sortie des bois directement sur la mer verte, puis marron, puis blanche, puis grise. C’était magnifique. Une classe d’enfants m’a dépassée à vélo sur la digue qui mène à Stavoren. Soudain, les enfants disparaissent dans une sorte de brume et le vent se renforce. J’entends les enfants crier. Oh oh ! Gore tex serré, cape de pluie fermée, pantalon de pluie, bâton bien en main il va falloir s’attendre à quelque chose de fort dans quelques instants et continuer d’avancer, je suis sur le haut de la digue sans aucun abri à des kilomètres. La pluie est là et avec une force inouie, le vent la rend horizontale. Le paysage est sans doute splendide mais je ne peux pas regarder parfois le vent me stoppe et me pousse en arrière ! Je ris peut-être un peu trop, la pluie se vexe et redouble d’intensité. J’arrête de rire. A travers un voile aminci, au bout d’un quart d’heure, j’aperçois les enfants remonter sur leurs vélos tandis que je suis encore dans la tourmente. Encore cinq minute et le grain est passé, le soleil revient.

Voilà, c’est mon aventure de la journée. La lumière transforme le paysage en permanence. Comme j’arrive tôt à l’étape, je peux passer mon temps à regarder les nuages changer à toute vitesse, visiter le village et vous apporter ces quelques babioles inutiles à votre vie mais nécessaires à révéler.

13 mai 2007 - Bois de Starnuman - 691 ème km




13 mai 2007 - Bois de Starnuman - 691 ème km

De grandes prairies où de noirs chevaux relèvent fièrement la tête à votre passage.

De petites barrières noires ponctuent le vert des champs elles marquent les canaux à la surface si lisse qu’on pourrait croire que le ciel vient aussi d’en bas.

Le reflet est si parfait sur ces eaux insondables qu’on imaginerait bien la terre toute plate avec le ciel au-dessus et ces grandes tranchées pour indiquer qu’il est aussi en dessous. Vertige. Et pourquoi pas ?

Des fermes écrasées sous des toits énormes qui touchent presque terre et de loin en loin, la voile blanche d’un bateau rappelle que la Friese est aussi un pays de lacs.

J’ai pour compagnons ce soir un joli bois de bouleaux et quelques millions de moustiques. Il n’a pas plu de la journée et le vent est tombé après la tempête de la nuit et le ciel est tout triste.

12 mai 2007 - Lemmeurt ! -




12 mai 2007 - Lemmeurt ! -

Pas de chance vraiment, c'est samedi, jour de fermeture de la bibliothèque, le seul endroit de toute la ville où j'aurai trouver un ordinateur ! Le musée aussi est fermé. Me reste à passer la journée au café et méditer sur les rêves pleins de symboles obscurs que j'ai fais sous le saule qui a pleuré toutes les larmes du ciel de Friese pendant la nuit. Je suis bien installée avec Ibrahim Ferrer et sa troupe dans les oreilles alors que les éléments se déchainent dans la rue et les gnes marchent épaules basses accrochés à leur parapluie. Je sens que la journée ne passera pas bien vite mais au moins ce sera une vraie journée de repos puisque je n'ai rien a faire. Le tour de la ville ce matin en une demie-heure m'a suffit.
Ai quand-même visité le dernier moulin à vapeur qui sert à vider l'eau du lac dans la mer quand il pleut trop. Trop de silence et de tuyaux huilés. Il parait qu'il est quand même encore beaucoup utilisé. Beau témoin de l'architecture industrielle du 19ème siècle.

11 mai 2007 - Lemmer - 666ème km



11 mai 2007 - Lemmer - 666ème km

Une petite journée par le nombre de kilomètres, la pluie n’ayant cessé de la nuit et du jour, j’étais exténuée d’avoir lutté contre le vent surtout et le froid. Contente de faire une journée d’escale dans cette première ville frisonne : demain samedi je marque ici une nouvelle et dernière pause. Je me suis installée pour écrire dans le lavabo du compartiment « damen » surchauffé et la chaleur répare les muscles et les batteries du son et de l’image sans lesquelles vous ne croiriez pas un mot de ce que je vous raconte.

C’est dommage, mais avec ce temps de grosses averses aveuglantes, j’ai raccourci le chemin en prenant la route au lieu de serpenter entre les marais et tourbières du Brandemeer, mais là je crois que j’y pataugerais encore !

Malgré tout, la vitesse à laquelle le temps changeait me fascine, en une heure, le vent apportait la pluie et sa nuit glaçante et je m’amarrais à mon bâton pour tenir le cap, puis le vent se calmait, le soleil perçait même, et là, mes doigts gelés retrouvaient un peu de sensibilité avant l’arrivée d’une nouvelle bourrasque. Aujourd’hui, le paysage c’était le ciel.

Je me sens un peu en panne ce soir, le petit moteur est fatigué.

10 mai 2007 - Ossenzijl - 634 ème km



10 mai 2007 - Ossenzijl - 634 ème km

Il a plu très fort toute la nuit et avec le vent qui secouait les arbres, j’ai pensé un moment partir en pleine nuit de ma place sauvage au milieu d’un bois où beaucoup d’arbres ont déjà été déracinés par des orages précédents. Je me suis dit que ce serait comble de malchance de m’être placée en toute confiance sous le arbre de la forêt qui allait s’écrouler sous la tempête. Au matin, tout est emballé, sur le départ je me retourne pour prendre en photo la trace sèche de ma tente sur les feuilles mouillées et dans l’axe, à 30 mètres, un pin s’écroule dans un craquement sinistre…il était temps de partir de là et de donner un jour de congé à mon ange gardien pour ce beau boulot…

Le vent a relayé la pluie, la lumière est splendide, les nuages espacés, majestueux, boursoufflés glissent sur un plaque de verre invisible. L’herbe toute retournée sous les rafales envoie des reflets de poissons affolés et je songe à ce documentaire Dutch light que j’ai oublié d’acheter à Amsterdam.

C’est toujours un polder au nord de Vollenhove, plus ancien que le Flevoland, et l’on touche là l’imaginaire véhiculé par cette plate étendue tourbeuse où quelques vaches accrochent l’horizon et très loin, très petit, le frisottis sombre des forêts mordille le bas de la grande toile du ciel.

Est-ce le vent, les marécages, le contraste herbe/ciel qui sont si particulier ?

Comment décrire la sensation de se déplacer dans cette immense beauté ?

Ai longé le bourg de Kalenberg jusqu’à Ossenzijl, un bourg où les maisonnettes de bois aux toits de chaume sont tournées sur un sentier et un canal et chacune dispose d’un petit renfoncement pour ranger sa barque. C’est peut-être le seul exemple d’harmonie entre le construit et le naturel que j’ai vu. Bien sûr c’est aujourd’hui principalement lieu de villégiature dans le parc naturel de Werriben qui protège ce grand milieu humide où pousse encore le roseaux qu’on utilise partout en Hollande pour couvrir les toits.

De nouveau il pleut fort ce soir et après un petit café avec mes voisins de toile, je vais retrouver mes jolis rêves pleins d’esprits.

9 mai 2007 - Bois de Kraggenburg - 610 ème km











9 mai 2007 - Bois de Kraggenburg - 610 ème km

Je fais des rêves magnifiques grâce à ces journée de marche où l’esprit, uniquement occupé à plongé en lui-même explore un inconscient insondable et pacifié. De belles histoires nocturnes naissent alors, comme au cinéma, dont je me souviens, même si je me réveille dix fois par nuit et que les hanches me font souffrir, le matin me trouve en forme et contente de commencer une nouvelle journée.

J’ai passé celle-ci presque entièrement sur le goudron et des tracés rectilignes dont il faut bien 1h30 pour se débarrasser en jetant un regard accablé derrière l’épaule.

Ce matin, j’ai emprunté un pont autoroutier hyper stressant car les piétons ont une toute petite bandes juste contre les voies de circulation des camions…Puis j’ai longé un digue du polder du nord ouest (voyez la photo satellite), bravo la raison des ingénieurs qui ont limité le polder avec des lignes droites de 20-25km…L’eau en est encore toute dépitée, elle a abandonné la lutte et ses vaguelettes clapotent, lamentables, au pieds de rares touffes d’oseilles rebelles intruses dans cet univers de raideur sous un ciel bleu troué de nuages blancs que les fils des avions semblent avoir cousu ensemble.

Et, événement soudain qui ne doit exister nulle part ailleurs dans le monde, on arrive sur l’ile de Schokland à travers champs puisque l’eau de la mer a été pompée. Elle dresse son port-musée devant un océan de…patates !

Son histoire est réellement passionnante d’abords par ses mouvements dans l’espace de l’ancienne Zuidersee, elle a accueilli les hommes depuis la préhistoire. Puis au Moyen-âge, s’étant détachée du continent, elle s’est peu à peu affaissée tandis que le niveau de la mer montait. A la suite de terribles catastrophes à répétition, et ne cessant de rétrécir comme peau de chagrin, on dût évacuer la population (700 âmes) en 1859. Ce qui est amusant, c’est qu’elle continue de s’enfoncer dans le polder et qu’un jour elle sera en creux.

Quelle ambiance sur cette ancienne île ! Toute droite cernée de deux bourrelets boisés et une grande prairie en son milieu, il y règne une tristesse presque palpable. Je comprends mieux cette sensation en parcourant les salles du petit musée qui retrace la grande désolation de cet endroit et la lutte perpétuelle et poignante contre les éléments. Ce lieu de misère, de maladies et d’inondations a été inscrit au patrimoine de l’humanité après l’avoir agrafée au polder avec deux grosses routes et leurs fermes-modules espacées tous les 500 mètres…

8 mai 2007 - Camping Swifterbant - 580 ème km





8 mai 2007 - Camping Swifterbant - 580 ème km

Et bien maintenant que j’ai visité le musée Nieuweland de Lelystad (la ville qui porte le nom de l’ingénieur qui eut l’idée de ce polder), j’en sais un peu plus sur cet endroit vraiment unique. Vous pouvez aussi aller voir sur http://www.flevoland.nl.

C’est d’ailleurs l’une des grandes surprises de ce voyage, c’est de découvrir que la terre hollandaise a constamment bougé dans l’espace depuis toujours et jusqu’à la construction de ces digues maintenant lourdement fixes depuis les années 1930. C'est-à-dire qu’en regardant des cartes sur une courte période géologique, j’entends, de 1100 à 1900, des îles ont bougé, certaines se sont rattachées au continent pour se redétacher (comme Schokland), et les populations ont suivi ces mouvement de la terre, ce qui explique qu’en pompant l’eau pour créer le polder du Flevoland, les ouvriers soient tombés sur des restes de villages préhistoriques !

Mais peut être faut-il revenir maintenant sur la technique des polders. C’est simple : la mer vous embête, vous avez besoin de plus de terre pour vivre, celle qui vous a été donnée par la nature n’est que pauvre tourbe. L’idée est de déterminer une surface de laquelle vous allez retirer l’eau en pompant (imaginez le travail au moyen-âge…motivés les hollandais) tout en érigeant des digues (des murs) sur la limite de cette surface, donc de baisser le niveau du sol sous le niveau de la mer. Ce serait un peu comme une baignoire plongée dans l’eau, les rebords sont les digues et le fond c’est votre champs, votre ville, votre forêt). Il suffit juste d’accepter que de temps en temps les rebords craquent et que l’eau reprend sa place. Evidemment à l’aire de la machine, cela n’est plus tolérable et on va déployer des moyens gigantesques pour sauver la Zéelande notamment que j’ai traversée au début du voyage.

La géographie est maintenant figée en Hollande et l’ancienne mer intérieure fermée par deux digues, en plus de celle qui en fait le tour...

Sauf que pomper l’eau d’un sol tourbeux le fait s’affaisser…on se trouve devant une quadrature étonnante : d’un côté l’eau monte, de l’autre la terre baisse et les rivières inversent leur pente !

Pour la construction du Flevoland, quelques problèmes économiques ont retardé le projet car, en effet, toutes les villes et villages de la côte qui vivaient essentiellement de la pêche allaient se retrouver avec de la terre au lieu de l’eau face à eux…Dans un film présenté au musée, on fait dire à l’ingénieur Lely à l’origine du projet (qui devint ministre) que l’eau est puissante, certes, mais pas intelligente. Aie aie aie, avec un état d’esprit pareil on est mal parti.

Moi, mes amis, je me dépêche de traverser cette baignoire à l’envers, mais je tire quand même mon turban à ces hommes qui, à mains nues, on jeté des cailloux dans la mer et pataugé dans la gadoue, du mois de septembre au mois d’aout, la gadoue, la gadoue, la gadoue.

On aimerait en savoir un peu plus sur la sculpture à l’entrée du bâtiment intitulée « save our climate », sorte d’astrolabe en bronze avec une évocation dégoulinante du pôle fondu. Si on commençait par consommer un peu moins, y compris l’espace, se serait bien.

Question climat, et bien le soleil s’est fait taquin aujourd’hui. Avec le vent violent, les nuages étaient partis mais revenus pleins d’eau dans l’après-midi.

Au camping, j’ai alors l’impression d’être un bernard l’hermite : à la moindre goutte, hop, je rentre dans ma tente. Elle si petite qu’on pourrait en effet croire que c’est une extension de mon corps. Je suis bien à l’abri dedans et j’arrive à m’y habiller, déshabiller (souplesse obligée) entrer, sortir du duvet, et même faire à manger appuyée sur un coude (je ne peux pas m’assoir) bon, là j’asphyxie un peu mais il me suffit s’il pleut de ne pas respirer le temps que l’esbit brûle, c’est mon pranayama du matin…

Hier, j’étais dans un endroit où des ouvriers vivaient à trois dans une minuscule caravane. Choisir ou subir le nomadisme.

Je termine avec les vers de Mallarmé que j’ai redécouvert dans mon anthologie chérie :

« Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu’un cercle de feu serre ainsi qu’un vieux tombeau
Et triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane. »

7 mai 2007 - Camping de Lelystad Haven - 553ème km




7 mai 2007 - Camping de Lelystad Haven - 553ème km

Encore une étape bien longue malgré quelques prises de liberté pour raccourcir le trajet car, avec la pluie et les aberrations entre la carte et le terrain (dont un pont cassé), je serais encore en train de marcher à l’heure qu’il est. Je suis arrivée dans un endroit qui ressemble à une maison de vacances avec sa charmante mamie à l’accueil qui me propose un peu de pain et qui me conseille, vu le temps, de me placer près du coin barbecue où il y a un toit.

Avec le bruit de l’autoroute, les gouttes de pluie qui frappent le sol mouillé et qui ont refroidi l’air, toutes ces caravanes désertées, et pas grand-chose à manger, je me sens tout à coup misérable.

C’est la première journée de pluie depuis trois semaines, il ne faudrait pas en rajouter, mademoiselle ! Mais s’il y avait un petit café dans le coin, j’y trouverai chaleur humaine et info capitale : qui est notre nouveau président ? Elle ou lui ? Je saurai et ça changera quoi ? Il faudra bien que je continue d’avancer.

Aujourd’hui, j’ai découvert un nouvel univers sur le Flevoland : celui des parfums. Nous avons la puanteur des champs qu’on traverse en semi apnée parfois tellement le fumet eau en décomposition / purin / engrais domine. Et puis le délice des bois qui, après l’eau du ciel, composent de vagues douces, sucrées, vertes, un peu amères comme le sureau mouillé dont l’odeur se rapprocherait de l’aubépine sèche…

Et tout un cortège d’animaux jusque là invisibles (comment sont ils arrivés ici ceux là ?) : grenouilles, limaces, escargots, vers de terre, tout joyeux d’avoir enfin retrouvé leur élément.

Je leur invente des chansons simplettes que je fredonne sur une bonne distance de digue, pour passer le temps, et je ris parfois franchement toute seule de mes trouvailles naïves…

Même si je continue de penser que je suis mieux là que partout ailleurs, les bras de mon amoureux, un chat sur les genoux et un petit feu arrangeraient quand même la situation. J’ai passé la moitié du voyage, je n’ai plus d’amis chez qui aller et le paysage tantôt criblé d’éoliennes fantomatiques, tantôt si long, si étiré qu’il semble nier l’horizon, ne me réjouit que si j’entre dans un bois. J’avoue que là je me sens tout de suite bien, même si les arbres sont d’espèces plutôt citadines, les oiseaux s’y réfugient aussi et offrent à l’ombre et aux feuillages des concerts interminables et légers. Tout y est vert acide quadrillé de troncs noirs ou orange, le silence intérieur se fait, à l’affut d’une biche, d’un renard, d’un peau-rouge.

J’ai fais mes haltes comme dans Africa Trek : sous les ponts des routes, mais dans mon cas, pour y rechercher le sec.

Comment avons-nous pu aller jusqu’à Santiago en plein hiver pluvieux ? Qu’est-ce que l’appel, qu’est-ce que la réponse ? Secret profond, moteur de toute action libre, que j’assimilerais avec la puissance de vie qui pousse ici partout malgré la planification extrême.

Des piou-piou ébouriffés aimeraient bien me chiper quelques miettes mais je n’ai plus que 2 « plaques » de fromage-plastique et un sachet de soupe chinoise, les amis.

Demain courses et resto ?

lundi 28 mai 2007

6 mai 2007 - quelque part dans le bois de De Dasselaar- 520ème km






6 mai 2007 - quelque part dans le bois de De Dasselaar- 520ème km

Il a plu à l’instant où j’arrivais au camping. J’avais pressé le pas sentant la pluie venir mais elle a juste salué de trois gouttes et est repartie. Les oiseaux ont chanté fort toute la journée. On dit que demain sera vraiment mauvais, je ne me plains pas après 3 semaines de soleil.

Avec ce projet, je ne suis pas là pour prouver la véracité de GIEC ni pour encenser le travail des ingénieurs qui veulent prouver que tout est maîtrisable. Je suis là comme témoin qui cherche dans l’inconnu la trace de la beauté et de l’harmonie et je m’alarme de la façon dont on traite les éléments et évidemment l’eau ici. Il me semble que tous ces ouvrages titanesques tiennent sur un fil tiré à craquer. Comment affirmer que jamais une seule digue ne cèdera ou que les écluses tiendront les débits annoncés pour ces prochaines années ? Ou est la véritable nécessité de continuer de faire de nouveaux polders ? La production agricole ? L’accroissement de population ?

Ce matin j’ai pris une photo d’un banc tourné sur le champ et la ferme. On se serait attendu à le voir tourné vers l’étang juste derrière, mais c’est je crois la première fois que je vois l’activité de l’agriculteur participer à la mise en scène de ce grand parc d’attraction.

Dans les bois, le long des étangs où l’on court le dimanche, on peut longer un champ, ça fait partie de l’animation. Et au long des routes, des maisons sans vie, rectangles de briques dont l’implantation dépend de la voie de circulation, artères vitales de ce paysage rationnalisé, paysage squelette, sans chair, sans âme. Mais à découvert, dans les longues portions de champs de tulipes fanées, de vagues inquiétudes, des images de la mort aux trousses remplissent ce trop de vide : par où s’échapper si la digue craque, si le tracteur fonce sur moi, si l’avion s’écrase à côté ?...

Calmons nous et rêvons plutôt d’une Aline qui préparait un bon thé à la menthe.

5 mai 2007 - Almere Hout Kempaanpad - 486ème km



5 mai 2007 - Almere Hout Kempaanpad - 486ème km

Très petite journée de marche, je dois ralentir le rythme pour que ma tribu soit là à la fin du voyage.

Très bruyant le Flevoland, il semble traversé d’autoroutes et d’avions. Je traverse pourtant un sorte de grand parc avec des étangs, des vaches, des villes, et même des fausses souches d’arbres dispersées dans l’herbe a l’entrée d’Almere Haven, comme si une forêt avait poussé là alors que cet endroit a été sorti de mer il y a à peine 50 ans…Schizophrène, les hollandais ? Je pensais trouver quelques explication sur la naissance de ce polder au pavillon du parc où je dois passer la nuit, mais il s’agit en fait d’une infirmerie pour animaux tropicaux et les singes poussent des cris insolites à quelques mètres de ma tente ! Quel pays fascinant. Je crois qu’en rentrant, je vais monter un tour operator pour aménageurs d’espaces publics en mal d’inspiration ! Je blague, bien sûr. Chez nous, les pages blanches sont rares et les réglementations strictes, ici, même dans une ville nouvelle un peu raide comme Almere Haven, chacun fait ce qu’il veut de sa clôture, de son jardin côté rue, rien ne semble imposé et c’est plutôt réussi, un peu de diversité.

En observant comment est organisé le Flevoland, je le redis, complètement conquis sur la mer fermée dans les années 60, on retrouve ici tout ce qui constitue la ville hollandaise (en beaucoup plus rationalisé) même le carillon de l’église (qui va à l’Eglise ?) et je me demande :

- qu’est-ce qui fait un paysage ?

- qu’est-ce qui fait un pays ?

- qu’est-ce qui fait qu’on se sent chez soi quelque part ?

- qu’est-ce que la destruction de la nature ?

- pourquoi ne pas associer à la construction d’une nouvelle région la mise en place de nouvelles façons de vivre ensemble ?

4 mai 2007-Muiderberg- 469ème km









4 mai 2007-Muiderberg- 469ème km

J’ai été imprégnée dans la ville d’Amsterdam par sa vie qui m’amuse mais toutes ces boutiques inutiles ne me manquent pas du tout. Sortir a vélo pour pique-niquer au Vogel Park, voir l’expo Max Beckman, dîner chez des amis après avoir savouré une glace à la mangue devant la maison Rembrandt c’est nettement plus agréable.

D’ailleurs demain j’aurai de la compagnie sur le chemin, Mirja et Calypso viendront jusqu’à Muiden. L’avantage, c’est que Mirja connaît parfaitement la ville et les nouveaux quartiers et nous propose un itinéraire qui traversera, au nord de la gare de nouvelles constructions signées de grands noms de l’architecture et de l’urbanisme hollandais. J’ai quitté Orfée affairée à sa nouvelle composition chorégraphique mêlant film et danse, acheté 3 petits pains à l’excellente bakkerswinkel et trouvé mon chemin comme si j’étais déjà restée longtemps ici.

Nous avons pris le bateau et entamé notre visite d’Ijburg avec cette architecture débridée, passerelles design, canaux et jardins soignés, aires de jeux originale, qui semblent agréables à leurs nouveaux habitants.

Mirja propose un petit arrêt à une ancienne amie sculpteur qui vit sur une boat house construite de ses mains. Solide et le regard doux, elle vit seule dans un petit paradis sous les arbres avec ses oies et travail sur des œuvres légères et tendres à la recherche de l’équilibre. Normal, la maison bouge tout le temps.

Avons retrouvé le vent vigoureux en montant sur la digue jusqu’à Muiden. Un petit café devant l’écluse du village à des airs de vacances, mais mes amies doivent reprendre le bus tandis que je continue vers Muiderberg où des dizaines de surfeurs se croisent sur les vagues folles tirés par leurs petits parachutes colorés. J’arrive au grand pont qui permet d’accèder au plus grand polder du monde : le Flevoland. Je dois traverser entre le train d’un côté et l’autoroute de l’autre, charmant cette marche dans le bruit et la poussière où chaque bourrasque aimerait bien me propulser sur les voitures et contre lesquelles il faut vraiment luter en marchant penchée. Bienvenue sur le sentier des pionniers.

jeudi 3 mai 2007

1er mai 2007 - Amsterdam - 443eme km

















1er mai 2007 - Amsterdam - 443eme km

Vent plus doux ce matin sur la digue. Le flot des vagues répond au flot des moustiques qui ondule par nuées face au vent, à l' ombre des herbes. Le peu de gens que je croise sont fermés comme des citadins. Ce sont des fermiers qui font paître les vaches sur le polder et les moutons sur la digue. Ils ont l'arrogance des conquérants.
Je traverse, perchée sur ma digue, des villages-rues à intervalles réguliers. Les façades sont toujours ravissantes, beaucoup plus sobres que sur la côte ouest, et, autre signe d'une forme de repli, les objets posés sur les fenêtres ne sont plus tournés sur la rue, mais sur la pièce intérieure. On les regarde pour soi, on ne les expose plus au regard extérieur.
Le trafic se fait plus dense, les bateaux vont en tous sens et font lever les ponts routiers, l'entrée a Amsterdam se fait par le port de loisirs et des quartiers modernes.
La lumière brûle.
Je prends le bâteau-bus pour la gare centrale et me retrouve a contre courant d'une grande foule affairée, bruyante et odorante. Et retrouver la longue Orfée pour quelques jours a la capitale.
Voir d'autres amis et repartir vendredi 5. Après les jours fériés.

30 avril 2007 Monnickendam - 414 eme km






















30 avril 2007 Monnickendam - 414 eme km

Vent furieux toute la nuit. Sommeil léger malgré la fatigue et ce matin j'ai préféré la route à la digue en marchant couverte. Pas de ressort today. La mer-lac est remuée, elle lance ses éclaboussures jusque sur la route. Je n'aimerai pas être la un jour de tempête! Hier, le polder était entre 2 et 3 mètres en dessous du niveau de la mer fermée il y a 50 ans par la grande digue qui relie Den Oever à Leuwaarden. Et moi je fais le tour de cette mer endiguée. étrange. Dire qu'au 18 ème siècle, un projet de comblement total avait débute dans ces régions et en Friese, mais c'était trop pour l'époque. Trop long, trop dur. Projet avorte. Mais je vais passer par le Flevoland, grand comme 2 départements français, c'est un polder...
Polder : remblai a vocation agricole, quadrille de routes le long desquelles s'egrennent quelques fermes selon le rythme désormais habituel : la mer, la digue, la route (et la piste cyclable), la maison. Les terres émergées artificiellement sont elles-même sillonnées de canaux de tailles différentes, ce qui fait l'économie de clôture et d' abreuvoir pour le bétail.

Les clochers d'Edam émergent soudainement de ce Platteland et on pense a Rembrandt. C'est aujourd'hui l' anniversaire de la reine. Les rues sont pleines de langues différentes et les commerçants aussi peu sympathiques que les passants. Le carillon chante des choses inattendues et je vais manger ailleurs.
Volendam, c'est après 5km de digue, on traverse en courant et l'on croit définitivement au Disneyland Prospekt sur le chantier du nouveau quartier sud...
A Monnickendam, le camping est au bout du port, il y a une tente a chaque coin, les gens sont gentils. Repos.
Je ne sais pas si c'est mon ignorance de l'architecture locale, mais j'ai de mal a dater les maisons, même les vieilles fermes ont l'air neuves, repeintes souvent. A y regarder de plus près, il y a souvent une façade sur la rue en brique, et les autres murs sont en planches. Encore l'apparence d'un décor?

29 avril 2007 - Schardam - 384 eme km






















29 avril 2007 - Schardam - 384 eme km

Oh là là , ce que je suis fatiguée ce soir! Après 2 jours à faire la maline avec les moutons sur les digues face au vent, je n'en peux plus! Par contre, depuis 3-4 jours, je fais toujours 5km de plus que prévu. Soit mon potomètre débloque, soit je ne sais plus compter, soit le topo se trompe. Vous en pensez quoi, de tout ça? Et Ségolene, elle en pense quoi? Mois je sais que je vais y arriver a mon objectif, ca n'engage que moi, mais elle?
Avec les lacs : se méfier des perspectives, la ville tout au fond est a 4 h de marche, pas si près qu'on imagine. Alors, faute de sujet de conversation, on médite sur la quantité, la forme et la couleur des cacas d'oies dont on ne devrait pas se moquer, on joue a ne pas déranger un seul mouton dans sa sieste (on perd), mais ce qui ressort de cette journée? L'ombre et la fluidité.
L'ombre des vieux ormes tout penches sur la route, le mouvement des fleurs de carottes comme une vapeur de début du monde, ou encore celui des grandes oseilles qui, par tapis roses, ondule avec les vagues de l'herbe. Les Hollandais n'ont pas su arrêter la vent. Vive le vent!
En prenant le bus a Den Oever, je vous assure que je ne les regarde plus de la même façon toutes ces plantes. On dit qu'on regarde ses pieds quand le paysage lasse, mais pas du tout! Il y a les herbes : ces gros pissenlits par exemple, je ne les vois pas beaucoup voler leurs jolies parasols blancs, ils résistent, ils ne veulent pas les lâcher comme ça leurs graines, il faut les voir hoqueter a la bise!
Tous ces mouvements m'ont aussi donne envie de faire des petits films. La mousse sur les plages qui surf par paquets rigolos sur la mince pellicule d'eau que la vague au ressac, les fleurs.
Que peut on bien savoir de tout ca quand on circule a vélo ou en voiture? On abstrait.
Autre mouvement, celui des pales d'éoliennes en enfilade, on dirait une fête foraine, les artistes devraient les peidre de couleurs vives, ce serait gai.
Ce matin, 1 ferme sur 4 avait la sienne. C'est quelque chose d'avoir ce moulin au-dessus de la tête. Si seulement il pouvait arracher la parcelle de terre avec la maison, les gens dedans, le chien, les fausses poules, juste pour voir du pays, quel voyage!
Ah, j'ai traverse Hoorn a l'arrivée du bus, le front de mer est très intéressant, joli théâtre, jolies petites plages et les bateaux au loin. Revenir?

28 avril 2007 - Anna Paulowna - 346 eme km
























































28 avril 2007 - Camping des sports - Anna Paulowna - 346 eme km

Démarrage encore a 7h30 ce matin. Pressée de sortir de ce bois sombre et stérile. Du haut des dunes de plus de 50m de hauteur, panorama sur le polder et le village de Groet. Pas de transition entre les dunes "sauvages" et la terre fabriquée. C'est vallonné puis c'est plat. Comme ça, clac. Normal, avant, la mer sérarait ces petites îles, maintenant, ce sont des champs. Je pensait faire le plein d'eau au café de Groet indique sur le topo, mais il s'agit en fait d'un restaurant qui n'ouvre qu'à 17h...décidément, il faudra que je leur écrive à ces randonneurs d'autoroute! Aller à travers un jeu de carrefours-ligne droite-carrefour jusqu'à Petten. Faire des courses pour 2 jours (je vous avais dis que les pensées sont triviales...) demain dimanche et lundi fête nationale tout sera ferme.
Nouveau quartier de Petten aligné sur la digue. Beaucoup de vent de face puis de travers. Fini les dunes. Pas d'ombre.
Callantsoog, on retrouve les dunes et l'on marche comme sur un fil avec le vent pour balancier.
Les tulipes, les oies, les moutons a faces de veau et cuisses de Charolais.
Pas une tulipe échappée de son rang. Pas une aventurière sur un talus. Disciplinée ou conditionnée?
Le canal de Noordhollandsee, les éoliennes a plein régime avec ce vent. Leur bruit de respiration athlétique. J'ai froid, je galère pour allumer mon réchaud, je mange sans plaisir et demain je prends le bus a Den Oever.

27 avril 2007 - Schoorl - 308 eme km





























27 avril 2007 - Schoorl - 308 eme km

J'ai eu si chaud cette nuit que j'ai dû retirer mes vêtements. Et quel bruit cette usine, et les voisins roteurs, merci! Enfin, j'étais réveillée tôt et ai pu partir a 7h30, pour l'une des plus belle journées que j'ai passée sur ce chemin. Mais comme suis arrivée tard parce malgré ma vigilance, je me suis égarée 2 fois, et surtout, je n'ai jamais trouve le camping de Schoorl, et ai parcouru beaucoup plus de km que prévu et je suis dans un bois de pins noirs sans charme.
Dunes, forêts, plages, chemin très varié.
Le bâtiment De Hoep, les petits canaux verts, les stations de pompage, la lande à bruyères et pins sylvestres comme en Lozère et le sentiment d'altitude avec cette végétation plus tardive et peu habituelle jusqu'à présent. Voyez les photos, les commentaires sont inutiles.
Je suis très heureuse.

26 avril 2007-Wijk aan Zee - 289 eme km











26 avril 2007-Wijk aan Zee - 289 eme km

J'ai quitté ce matin mes amis d'Haarlem qui m'ont deposée à la sortie nord de la ville à la limite de Bloemendaal. C'était comme un second départ après 3 jours de repos. J'étais impatiente de retrouver le vent et les dunes malgré les bons moments passés ensemble. Ce matin, près du Vogelmeer, j'ai pû observer différentes espèces d'oies et canards mais surtout des cormorans qui occupent les arbres par dizaine et restent dans la posture sage de veilleur de nid, le cou gracieusement plié. Puis j'ai perdu la piste et me suis engagée sur un chemin qui m'a menée a...Bloemendaal! J'ai ratrappé sur la route, la jolie distance des bois. Ai pris un bac dans une ambiance industrielle. Des usines énormes se suivent, on traverse plusieurs voies ferrées, le trafic des voitures est intense, les routes larges, et le sentier suit ce raffut en sous-bois. Je suis logée ce soir au camping de Banjaert à Wijk. Je suis arrivée tôt alors sitôt lavée au lavabo (pas de douche ici), j'ai pu faire des courses et le tour du bourg. Deux grandes routes le cernent mais, chose étrange, les immeubles sont construits sur le front de mer et le village ancien derrière les dunes. Pas de commerces en centre ville, seulement des restaurants et bars. Le est en peripherie, comme souvent.
LE chant des oiseaux ce soir se mele aux cris des enfants qui jouent au foot sur le terrain juste en entre moi et l'usine.
Je dois bien faire attention demain a regarder la carte, je dois parcourir 36 km jusqu'a Schoorl. Il y a des pistes partout et je ne veux pas me perdre.